Le choix de faire intervenir des animaux comme héros des romans permet d’apporter un regard nouveau sur l’être humain (d’autant que les intrigues des différentes sagas des Erin se placent dans le même espace-temps que notre réalité.)
Dans la plupart de leurs sagas, l’homme incarne une menace mortelle. Notamment dans La Guerre des Clans ou ce dernier est appelé « bipède ». Les animaux ne pouvant comprendre son langage, ils ne comprennent pas la plupart de ses actions (pour les plus banales, faire du camping dans les bois ou nager dans le lac) qu’ils jugent illogiques car elles sont sources de distraction et de plaisir pour les Bipèdes humains, ce que ne peuvent assimiler les chats de la saga pour qui tout est guidé par la survie. Les humains sont vu comme fous mais également comme sadiques et cruels quand, dans le cycle 2, ils détruisent la forêt et tentent de mettre en cage les chats sauvages. Le lecteur devine que les hommes veulent probablement construire des habitations mais à travers le point de vue des chats, il s’agit d’un terrible massacre,d’un acte de barbarie presque d’un sacrilège. De nombreux personnages meurent au cours de la destruction de la forêt. L’homme est vu comme la pire catastrophe. D’ailleurs, les voitures, marques des hommes, sont elles aussi sources de terreur pour les personnages animaux. Ces dernières sont appelées « Monstres » et comme les chats ne peuvent comprendre leur réelle utilité, ils ne voient en elles que des créatures capables de tuer un chat, réputation fondée car cela se produit souvent au cours de la saga.
Alors que les humains sont, dans La Guerre des Clans, symbolisés par leur puissance, leur omniprésence, dans Survivant, c’est leur absence qui est mise en avant. Ils disparaissent tous, laissant les chiens sans maître et livrés à eux même. Il est d’ailleurs intéressant que dans ce cas de figure, l’homme n’est pas foncièrement vu comme une menace mais plutôt comme un symbole d’autorité et de (ré) confort, alors que les personnages principaux sont des chiens, dont le caractère « soumis » à l’homme dans la culture populaire tranche avec l’image du chat « indépendant ».
Dans la série La quête de l’Ours, l’image des humains est un peu moins manichéenne. Bien sûr, elle est souvent dépeinte sombrement avec la présence de chasseurs, de braconniers, le besoin (qui apparaît comme compulsif et sans fondement aux yeux des trois protagonistes ours) de mettre chaque animal en cage, mais certains bons humains sont présents, comme du personnel de zoo bienveillant.
Finalement, l’image de l’homme est généralement très mauvaise dans les romans des Erin car, comme le lecteur se trouve coupé du monde des hommes et bloqué avec des personnages animaux, il découvre combien, quand on ne le connaît pas, le mondeddes hommes paraît illogique, cruel, cauchemardesque pour les autres êtres vivants qui le subissent ou le côtoie. De cette manière, Erin Hunter nous incite à remettre en question la façon dont nous nous comportons vis-à-vis du monde animal.
